La scientologie perd son procès pénal en demande de nullité (affaire institut Aubert)

Publié par centreaccec, le 30 Mai 2019


 

Sur ce blog, il a déjà été abordé l’affaire de l’Institut Aubert, vous pouvez lire quelques lignes sur ce sujet.

L’Institut Aubert est une école privée accusée d’avoir appliqué des préceptes de la Scientologie à l’insu de parents d’élèves.

Le maire de Vincennes avait alerté le parquet en 1998 et une information judiciaire avait été ouverte l’année suivante.

L’association spirituelle de l’église de scientologie d’Ile de France (ASESIF), l’association spirituelle de l’église de scientologie celebrity centre (ASES-CC), The European Office of the association for better living and education (ABLE) ont perdu leur procès en demande de nullité de la procédure pénale le 11 décembre 2018.

Elles sont poursuivies pour complicité de tromperie et de pratique commerciale trompeuse et

Elles comptaient sur l’annulation des procès-verbaux d’audition et la nullité de leur mise en examen.

La chambre criminelle de la cour de cassation en a décidé autrement le 11 décembre 2018.

La procédure pénale est régulière

Cela commence en 1998 par une enquête de la police à la demande du Procureur de la république et par une plainte avec constitution de partie civile en juin 1999 d’ une famille qui avait scolarisé leurs deux filles auprès de l’institut AUBERT.

Huit juges d’instruction de Créteil se sont succedés sur ce dossier, qui a abouti en octobre 2012 au renvoi de trois personnes en correctionnelle, notamment pour complicité de tromperie.

Interrogée par l’Agence France Presse à l’époque des faits, la directrice de l’école, Arlette Sanguinetti, avait reconnu son appartenance à l’Eglise de scientologie et le fait que son équipe «utilise la technique d’étude basée sur la Scientologie et les travaux de Ron Hubbard».

La brochure de présentation de l’institut, reproduite par VSD, promettait «l’absence de devoirs à la maison et d’interrogation écrite, tout en introduisant le recours à la pâte à modeler pour en finir avec le stress, le tout pour 33.300 francs par an (environ 6.400 euros).»

En janvier 2014, la cour d’appel de Paris a ordonné un supplément d’information aux fins de mises en examen des responsables de l’institut, après quinze ans de procédure.

Outre l’entité morale de l’Eglise de scientologie, neuf autres personnes qui figuraient dans l’équipe pédagogique ont été mises en examen.”

L’instruction va donc se poursuivre.

Quelques liens :

http://www.20minutes.fr/societe/150…

http://tempsreel.nouvelobs.com/educ…

http://lapeniche.net/scene-ouverte-…

Publié par le Centre de Cartographie et d’Etudes des Croyances leur page Facebook.


J’ai été membre des services secrets de la Scientologie à Paris

Cet excellent témoignage a été réalisé par le journaliste Robin d’Angelo pour Vice.fr à l’adresse suivante.

J’ai été membre des services secrets de la Scientologie à Paris

 

« On organisait des dîners où l’on invitait des personnalités. Par exemple un maire d’arrondissement de Paris, un sherpa du PDG de Shell, un ponte de l’énergie nucléaire en France. »

 

Intimidation d’anciens adeptes, campagnes de lobbying auprès d’institutions, procès à répétitions contre des opposants, noyautage de sociétés… Aux Etats-Unis, la Scientologie utilise tous les moyens pour veiller sur ses intérêts, parfois à la limite de légalité.
Ce rôle est dévolu à l’OSA, acronyme de Office of Special Affairs, une branche du mouvement sectaire souvent présentée comme ses services secrets.

Konrad, scientologue pendant plus de 30 ans, a été l’une des petites mains du bureau parisien de l’OSA au milieu des années 2000.

Il a accepté de nous raconter un boulot fastidieux, effectué dans un contexte d’emprise. Rien à voir avec la vie d’Ethan Hunt, l’agent secret de Mission Impossible, incarné par Tom Cruise au cinéma.

VICE : À quoi ressemblent les bureaux de l’OSA à Paris ?

Konrad : Oh ce n’est pas grand-chose. On est dans le sous-sol du bâtiment de Bastille, ce n’est pas très bien ventilé. Il y a deux parties.

La pièce où j’étais, avec des ordinateurs, et la pièce fermée, où il y avait le patron. Aucun de nos ordinateurs n’était connecté à Internet. Il y avait un logiciel, une sorte de lessiveuse, qui nettoyait tout le disque dur. Si bien qu’il ne restait rien en mémoire le soir.

Quand j’avais quelque chose à communiquer à mon supérieur, je frappais à la porte et je lui donnais la clé USB que je devais utiliser.

Combien de membres des OSA y a-t-il à Paris ?

Il y a la partie « Invest », pour investigation, qui se charge d’enquêter sur les ennemis de la Scientologie. Elle était composée de deux personnes à temps complet. Et il y a la partie « Legal preps » dédiée aux aspects juridiques où nous étions deux également.

Quand il y avait un procès, des gens du staff venaient nous aider pour classer des documents, effectuer des recherches. Ça pouvait parfois monter jusqu’à 14 personnes pendant un mois entier.

Le patron de l’OSA en Europe était avec nous à Paris. Il venait des Pays-Bas et était membre de la Sea Org (branche qui réunit les hauts gradés de la Scientologie, N.D.L.R.).

En quoi consistait votre travail ?

Le plus important, c’était lors des procès. Je passais des matinées au tribunal avec des caisses de documents dans une voiture garée au parking.

Pendant ce temps, notre avocat Patrick Maisonneuve plaidait pour la Scientologie au Palais. Et s’il avait besoin d’un document, il arrivait en cinq minutes. Une jeune femme se chargeait de faire des allers retours entre ma voiture et la salle d’audience.

C’était une tactique. Quand il y a un procès, la scientologie submerge les gens avec des tonnes et de tonnes de documents.

Vous aidiez autrement lors des procès ?

Oui. Il faut toujours faire un travail de prédiction. Peut-être qu’on va être attaqué sur ce point-là, alors il faut prévoir à l’avance.

Par exemple, c’est ce que j’ai fait à propos du Oxford Capacity Test, un test qu’on utilise pour accrocher les gens dans la rue en leur disant qu’on pouvait résoudre leurs problèmes.

On nous attaquait en disant que c’était bidon, que ça induisait en erreur parce qu’on faisait croire qu’il y a lien avec l’université d’Oxford.

Moi je produisais des notes là-dessus qu’on fournissait aux avocats pour prouver que le contenu de ce test était commun à d’autres tests utilisés aux Etats-Unis.

Aviez-vous d’autres missions en tant que membre des OSA ?

Je parle plusieurs langues couramment. Je pouvais traduire réellement, avec des compétences. C’est quelque chose dont ils ont besoin. Il suffit de lire leurs prospectus, il y a plein de fautes avec de faux-amis. À un moment, il y a eu un procès à la cour de cassation de Milan.

Ils voulaient les pièces du dossier d’instruction en anglais et en français. J’ai donc traduit 300 pages, et l’italien juridique est vraiment très compliqué…

J’ai aussi dû faire la traduction de la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mon briefing est parti aux Etats-Unis pour Bill Walsh, un des grands spécialistes du droit concernant la liberté de culte. La Scientologie se paie les meilleurs avocats du monde.

Est-ce que votre travail a été utile lors de procès ?

Le problème est que la Scientologie est très hiérarchisée. Le bureau français a réussi à faire des choses très intéressantes. Mais quand on impose des choses qui viennent d’un mec d’OSA Inc. à Los Angeles, qui ne comprend rien à la réalité française, ça ne peut pas réussir. Par exemple, je ne sais pas qui a décidé de la ligne de défense d’Alain Rosenberg (dirigeant de la Scientologie en France, condamné définitivement par la justice française pour escroquerie en bande organisée en 2013, ndlr) mais j’ai trouvé ça pitoyable.

La défense a été faite comme on l’aurait fait aux Etats-Unis, en appuyant sur la liberté de religion, en disant que Rosenberg était pasteur. Ils ont même sorti un garçon noir pour qu’il témoigne et dise : « oui, M. Rosenberg est mon pasteur ». Ça ne tenait pas la route.

Quel rôle joue l’OSA auprès des élites culturelles ou intellectuelles ?

On organisait des dîners où l’on invitait des personnalités. Par exemple un maire d’arrondissement de Paris, un sherpa du PDG de Shell, un ponte de l’énergie nucléaire en France. On les invitait dans des restos comme le Procope à Saint-Germain-des-Prés ou la brasserie de l’Europe à Gare de Lyon.

Ces gens, c’était surtout Michel Raoust qui les contactait, un polytechnicien qui a fait Stanford et membre de la Scientologie. L’objectif n’était pas d’en faire des scientologues mais de faire de la relation publique. De leur montrer qu’on n’était pas une secte, que les personnes en face d’eux sont rationnelles, cultivées et intelligentes. D’avoir une position inattaquable.

Comme ça, lorsque quelqu’un dira à votre interlocuteur haut-placé, « oh la la, la scientologie c’est dangereux », il lui répondra « moi je n’ai pas eu cette expérience-là » …

« C’est tout l’art de la Scientologie : faire en sorte que les gens soient heureux de donner le meilleur d’eux-mêmes. Jusqu’à leur prendre leur liberté. »

C’est presque du lobbying ?

En quelque sorte. D’ailleurs, avec un responsable du Celebrity Center, j’avais rencontré un lobbyste professionnel qui devait intervenir pour la Scientologie.

Avez-vous participé à des missions d’intimidation ? Ou du moins en avez-vous été témoin ?

Honnêtement non. Mais c’est très cloisonné. Il est possible que des choses aient été faites, comme du vol de courrier par exemple. Je sais que ces choses-là ont existé aux Etats-Unis. Par exemple, on dérobe des ordres de comparution de personne avec qui on a un conflit judiciaire.

Du coup elle ne vient pas au procès et elle est en tort. Je me demande aussi si la Scientologie n’a pas contribué à plomber Georges Fenech, l’ancien président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, ndlr). À l’époque, Fenech aurait pu devenir Garde des Sceaux.

Mais il s’est retrouvé mis en examen en marge d’une affaire de vente d’armes, avant d’être relaxé. Lors d’une affaire comme ça, il suffit de faire caisse de résonnance pour avoir un effet de nuisance. La théorie de Hubbard (fondateur de la Scientologie mort en 1986, ndlr) est que si quelqu’un attaque la Scientologie, il a quelque chose à se reprocher. Alors il faut trouver sur lui ce qu’il appelle du « dirt ». De la saleté.

Moi, la cellule « invest » m’a demandé une fois d’effectuer une mission de surveillance. Je devais aller voir si une voiture, avec tel numéro d’immatriculation, était bien aux alentours d’une gare au fin fond de la Seine-et-Marne. Je n’ai jamais su pourquoi. Les exécutants ne doivent connaitre que ce dont ils ont besoin pour le succès de la mission.

Comment êtes-vous devenu membre de l’OSA ?

Je suis entré à la Scientologie à la fin des années 70. J’avais fait un emprunt de 30.000 francs pour faire des cours et atteindre le niveau de « clair ». Mais une fois ce niveau atteint, il s’est avéré au bout de quelques mois que je n’étais plus clair et qu’il fallait que je repaie tout…

Alors je n’ai plus rien fait pour la Scientologie pendant très longtemps. Jusqu’au début des années 2000 où je n’allais pas bien dans ma vie. Une amie m’a invité à un event et je me suis retrouvé à signer pour faire une formation. Sauf que je ne pouvais pas payer. Je me suis retrouvé dans une situation inextricable.

Ils m’ont fait une proposition : si tu veux, on gomme la dette, mais tu travailles pour l’OSA à temps partiel. Et du coup, je me suis retrouvé à travailler pour l’OSA. Un premier contrat de cinq ans. Puis un deuxième. Et le troisième j’ai dit non. J’en pouvais plus.

Que s’est-il passé ?

Ce n’était pas commode. Je devais travailler tous les soirs à l’OSA. C’est difficile de pouvoir gagner sa vie en menant cette activité parallèle. Moi je faisais 25 heures par semaine. Ils me payaient des clopinettes. Peut-être 20 ou 30 euros par semaine. Mais il y a des gens qui font jusqu’à 50 heures.

Vous avez le sentiment de vous être fait exploiter ?

Evidemment ! C’est tout l’art de la Scientologie : faire en sorte que les gens soient heureux de donner le meilleur d’eux-mêmes. Jusqu’à leur prendre leur liberté. Je suis sur qu’aujourd’hui si le FBI ferme la Scientologie et dit à tous les membres vous êtes libre de partir, ils ne vont pas partir !

Comment fait-on pour prendre la liberté de quelqu’un ?
On fait en sorte qu’il soit d’accord. C’est un long processus. Comme dans le communisme. Si on arrive à vous faire croire que vous luttez pour quelque chose qui se justifie, cela peut vous amenez à faire beaucoup de choses. En plus, l’ambiance de travail était très bonne à l’OSA.

On organisait régulièrement des « Beer and cheese party ». Chaque fois qu’il y avait un anniversaire, la personne chargée du personnel organisait une petite collecte. On recevait aussi une prime quand on avait eu une bonne production.

C’était une prime de 30 euros certes, mais on était fiers. On se sentait supérieur au public scientologue, pas prêt à s’investir autant que nous. Et puis il y a quelque chose de très fort : l’audition (des entretiens pendant lesquelles les adeptes doivent explorer leurs traumatismes enfouis et leurs vies antérieures, ndlr). Vous vous créez tout un passé qui est peut-être seulement dans votre imagination, mais vous êtes convaincus.

Ça fait un ciment, petit à petit, qui s’immisce dans tout votre être. On vous conditionne. Le système est très bien fait pour piéger les gens. Mais il y a un moment où tout s’écroule. On pose un paille sur le dos du chameau, et il s’effondre.

Comment s’est passé votre départ ?
Je suis parti du jour au lendemain. J’ai changé de numéro de téléphone, j’ai déménagé, j’ai coupé tous les ponts. J’ai perdu beaucoup d’amis. C’était très dur.

Merci Konrad.


Scientologie : Le Freewinds bloqué en quarantaine à Sante-Lucie à cause de la rougeole

Le Freewinds est le bateau de “croisière” de la scientologie, bourré d’amiante (à lire ici, ici, et ) et accusé de séquestrer des membres de la scientologie pour le faire fonctionner (c’est à lire ici mais également dans cet article d’aujourd’hui ou dans cet article du Sun publié hier en Anglais).

En 2014, j’avais publié sur WhyWeProtest un leak de quelques tarifs en dollards sur ce bateau, bien évidemment, ces montants n’incluent pas tout le long cursus (le plus souvent de plusieurs décénnies) imposé avant de pouvoir éventuellement séjourner sur ce bateau.

Depuis trois jours, nous savons désormais que le bateau est bloqué en quarantaine à Sante-Lucie à cause de la rougeole.

Il s’agit d’un problème sanitaire grave : en effet, dans certains cas graves, la rougeole peut-être mortelle.

L’information (très documentée, en différents épisodes) est tombée sur le site de Tony Ortega le 1er Mai, c’est à lire en Anglais ici, ici, et puis, sur CNBC à l’adresse suivante (en Anglais également).

Petit plaisir, tout passe dans la “presse mainstream” francophone, petite revue de presse :


Articles de Liberation du 19 Avril 2019 sur la scientologie

Version imprimée :

Version Online :

 

Scientologie : en France, un mouvement indélogeable

Par Emmanuel Fansten et Robin d’Angelo

La scientologie réussit à s’implanter grâce à un relâchement des pouvoirs publics et une baisse des budgets des associations spécialisées.

La rencontre a eu lieu quatre jours avant le début de l’affaire Benalla. Le 14 juillet, Emmanuel Macron reçoit discrètement Tom Cruise à l’Elysée, en marge de la promotion du dernier Mission : impossible, tourné en grande partie à Paris.

Après avoir visité le Château avec Brigitte Macron, l’acteur américain et le Président se livrent au jeu des selfies avec des enfants rassemblés dans la cour, mais aucune image officielle ne fuite. «Il s’agissait d’une rencontre privée, insiste-t-on aujourd’hui à l’Elysée. A aucun moment il n’a été question de scientologie.»

«Vague».

 

Révélée par Paris Match, cette entrevue est pourtant loin d’avoir fait l’unanimité au sein du staff présidentiel. Quatorze ans plus tôt, à l’été 2004, la visite du même Tom Cruise à Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, avait en effet provoqué une violente polémique.

A l’époque, plusieurs notes diplomatiques attestaient du lobbying agressif de la scientologie au niveau politique, mais aussi du rôle clé de Tom Cruise dans la stratégie expansionniste de l’organisation, qui a listé des personnalités à rencontrer.

L’occasion pour la star de dénoncer les «discriminations religieuses» dont seraient victimes les scientologues en Europe, et en particulier en France, où l’organisation fait alors l’objet de toutes les attentions.

Sensible à ces arguments, Nicolas Sarkozy, qui a toujours préféré l’expression de «nouveaux mouvements spirituels» au terme de «sectes», a été le premier à infléchir la politique sur le sujet lors de son passage au ministère de l’Intérieur.

Depuis, le sujet s’est peu à peu effacé du débat public. Symbole de cet intérêt décroissant : la disparition du groupe «sectes» à l’Assemblée nationale et la déliquescence progressive de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), dépourvue de président depuis plus de six mois.

A Matignon, on explique que le processus de recrutement doit aboutir «dans les prochaines semaines» à la nomination d’une «personnalité convaincante, compétente et reconnue». Mais les temps ont changé depuis la création de la mission, contribuant à rendre plus flous ses objectifs, alors même que les signalements n’ont jamais été aussi nombreux : 2 800 pour 2018, un record depuis six ans.

Les deux mandats successifs de Serge Blisko, catapulté à la tête de la mission en 2012, n’ont pas non plus laissé un souvenir impérissable. «Un refuge plus qu’autre chose», raille un ancien salarié. Même malaise au sein des associations spécialisées, comme l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu (Unadfi), qui voient leur budget fondre d’année en année.

Griefs.

Longtemps dans le viseur des pouvoirs publics et objets de plusieurs rapports parlementaires, les mouvements sectaires traditionnels ont surtout été supplantés ces dernières années par la lutte contre l’islamisme radical.

«On va être honnête, le sujet de la radicalisation a focalisé l’attention des magistrats et des services de renseignements, concède Anne Josso, secrétaire générale de la Miviludes et patronne de fait depuis la vacance du pouvoir.

Cette vague, on la subit très clairement. Ajoutez à ça l’image un peu datée d’une mission sur les sectes à l’ancienne… Effectivement, on est un peu moins écoutés.»

Les modes d’emprise ont également été bouleversés par les réseaux sociaux et le développement des théories conspirationnistes, comme les mouvements antivaccins. «On doit sans doute faire mieux sur ces questions, poursuit Anne Josso. Peut-être faut-il que l’on change de vocabulaire.»

En dépit de la relative bienveillance des pouvoirs publics, la scientologie doit encore faire face à plusieurs poursuites judiciaires en France. Depuis août 2015, une information judiciaire est toujours en cours pour «harcèlement moral» et «abus de faiblesse», après une plainte des salariés d’Arcadia. Les dirigeants scientologues de cette entreprise de BTP auraient siphonné les fonds et imposé des méthodes de management humiliantes issues des écrits du fondateur Ron Hubbard.

Une instruction se poursuit également contre deux structures scientologues dans l’affaire de l’Institut Aubert, une école de Vincennes accusée d’avoir enseigné des préceptes scientologues à des enfants, à l’insu de leurs parents.

La scientologie aurait même pu être interdite en 2013, après la condamnation définitive de ses deux principales associations pour «escroquerie en bande organisée», «recel aggravé», «extorsion» et «exercice illégal de la médecine».

Mais, en raison d’une modification du code civil trois ans auparavant, l’article de loi permettant de dissoudre une association reconnue coupable de tels griefs a malencontreusement disparu du droit français.

Emmanuel Fansten , Robin d’Angelo

 

Saint-Denis : les scientologues lancent le siège, les élus résistent

Par Robin d’Angelo

L’organisation américaine, qui a racheté pour 33 millions d’euros un bâtiment de plus de 7 000 mètres carrés, compte ainsi renforcer sa présence en France. La mairie s’oppose mais peine à trouver des moyens d’action.

La façade de l’immeuble est pour l’instant anonyme. Bientôt, elle sera ornée de la croix à huit branches de la scientologie. A Saint-Denis, le mouvement sectaire s’apprête à installer son nouveau siège en France. Un octogone en verre de 7 331 mètres carrés, haut de cinq étages.

Le bâtiment est une vitrine de choix, à deux pas du Stade du France, immanquable pour les automobilistes qui entrent à Paris par l’autoroute A1.

D’après les plans d’architecte que Libération a consultés, le projet s’annonce clinquant. L’édifice doit accueillir un auditorium de 720 places, des salles de cinéma, un espace fitness, une bibliothèque, des salles de formation, des dizaines de bureaux et même quatre saunas.

Au rez-de-chaussée, une librairie intégralement dédiée à Ron Hubbard, le fondateur du mouvement, mort en 1986, sera ouverte au public. Avec bien sûr une réplique à taille réelle de son bureau des années 70, comme c’est le cas dans tous les bâtiments de la scientologie à travers le monde.

Fonds d’investissement

La SCI Building Investment Group a acheté l’immeuble dans le courant de l’année 2017. L’adresse de cette société écran, dont les actionnaires sont inconnus, renvoie vers une entreprise de domiciliation sur les Champs-Elysées. Sa trace se perd dans le comté de Fairfax en Virginie, où est enregistré l’avocat américain qui l’a déclarée au registre du commerce français.

Afin de garder secrète l’identité de l’utilisateur final, une clause de confidentialité a été insérée à la promesse de vente avec l’ancien propriétaire, le fonds d’investissement allemand Warburg-HIH.

Montant de la transaction : 33 millions d’euros, plus 2 millions de remboursement de TVA. Pour les contrats de cette importance – une poignée par an à Saint-Denis – la procédure habituelle veut que la Ville soit mise au courant de la future activité.

Soucieuse de garder de bonnes relations avec la municipalité, le «broker» en charge de la vente a fini par révéler l’usage du futur bâtiment. La mention «exploité pour les besoins de l’Eglise de scientologie» est même ajoutée à la déclaration d’intention d’aliéné, le document officiel remis aux pouvoirs publics à chaque transaction immobilière.

Depuis, la mairie a engagé un bras de fer avec la scientologie. Mais rien ne semble pouvoir empêcher sa future installation. Le mouvement a beau être qualifié de «secte» par plusieurs rapports parlementaires et ses abus largement documentés, il a le droit avec lui.

A tel point que les élus se gardent de l’attaquer trop frontalement. Officiellement, ils restent «très vigilants». En réalité, ils ont envisagé de préempter le bâtiment, le seul moyen légal d’empêcher l’installation. Mais sans projet à substituer à celui de la scientologie, la mairie s’expose à être condamnée pour pratique discriminatoire.

«C’est aberrant, s’offusque David Proult, adjoint PCF en charge à l’urbanisme et vice-président de Plaine Commune, l’établissement public territorial qui regroupe les agglomérations du secteur. Pour préempter un bâtiment, il faut justifier d’un intérêt public.

Or aujourd’hui, empêcher un mouvement sectaire de s’installer dans une ville n’est pas reconnu comme d’intérêt public dans le droit français.» D’autant plus que les avocats des parties adverses sont prêts à porter plainte à la moindre occasion.

Suspectant la mairie de ralentir délibérément la vente après un rendez-vous annulé, l’un d’entre eux s’est fendu d’une lettre recommandée pour dénoncer une «attitude discriminatoire à l’égard de [la scientologie]» et brandir la menace d’un procès.

Sans levier d’action, la municipalité attend l’aide de l’Etat. «Mais on n’est pas suffisamment soutenu», déplore le maire communiste, Laurent Russier, dont les courriers au ministère de l’Intérieur et à la préfecture de Seine-Saint-Denis sont restés lettre morte.

Il y a bien la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), sans président depuis six mois. «C’est une coquille vide, tacle le député communiste de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu. Leur réponse c’est “on va informer les gens pour dire qu’il faut se méfier”. Eux-mêmes ne peuvent pas faire quoi que soit.»

Le 19 mars, le parlementaire a déposé une question écrite à l’Assemblée nationale, adressée à Bruno Le Maire, ministre de l’Economie. Il lui demande d’annuler la vente et d’engager des poursuites contre Warburg-HIH, le fonds d’investissement qui a vendu le bâtiment à la scientologie en toute connaissance de cause.

Faux nez

En attendant une hypothétique réponse, la direction de l’urbanisme inspecte chaque pièce du dossier à l’affût de la moindre erreur de procédure. Petite victoire : elle a réussi à justifier un refus d’autorisation de travaux car le bâtiment va changer d’affectation. Il faudra donc passer par un permis de construire, beaucoup plus contraignant et qui nécessite l’aval de la préfecture.

Mais en face, la scientologie a le temps et les moyens de mener bataille. Pour rénover le bâtiment, elle a fait appel à Gensler, la plus grande agence d’architecture au monde avec plus de 5 000 employés et un chiffre d’affaires annuel de 1,2 milliard de dollars (environ 1 milliard d’euros).

Depuis le milieu des années 2000, le mastodonte est le prestataire régulier de «l’Eglise» pour ses projets architecturaux. La maîtrise d’ouvrage est assurée par le cabinet Currie & Brown, là encore un géant mondial dans le secteur du conseil en construction, déjà engagé par la scientologie auparavant.

Sur place, les deux multinationales s’appuient sur le travail de trois agences d’architecture françaises, épaulées par un cabinet d’avocats. Sollicités par Libération, aucun des prestataires engagés sur le projet n’a souhaité nous répondre, en vertu d’une clause de confidentialité signée avec leurs clients.

En parallèle, le mouvement sectaire prépare le terrain à sa future installation. Depuis le début de l’année, l’association le Chemin du bonheur multiplie les opérations de communication dans la ville.

Cette structure, qui se présente parfois sous le nom de Plus cool la vie, est l’un des principaux faux nez de la scientologie en France. En février, ses bénévoles contactent par téléphone et courrier les présidents d’associations de Saint-Denis – allant d’une Amap à une compagnie de danse – afin de proposer leurs services… Sans jamais mentionner la scientologie, bien sûr.

Le Chemin du bonheur déploie aussi ses tentes sur la place de la gare afin de distribuer des fascicules, sans que la préfecture n’y ait à redire. En septembre 2018, l’association organisait même une opération de ramassage d’ordures dans la cité des Franc-Moisin, suscitant l’enthousiasme d’une partie des habitants.

La scientologie est pourtant en perte de vitesse. En France, ses responsables avancent régulièrement le chiffre de 40 000 adeptes. Selon un ancien cadre qui les a quittés au début des années 2010, ils seraient à peine 400.

Le Celebrity Centre, sa vitrine ouverte à Paris en 1985, a le plus grand mal à attirer des artistes, son objet initial. Dans ce contexte, difficile d’imaginer la branche française capable de financer un bâtiment comme celui de Saint-Denis.

«Cela ne fait aucun doute que l’argent vient largement de la maison mère», commente Mike Rinder, qui a quitté la scientologie en 2007, après avoir assisté pendant vingt ans le dirigeant actuel, David Miscavige. Depuis 2004, ce dernier planifie le développement d’«org idéales» partout dans le monde. En charabia scientologue, cette expression désigne des complexes géants dans lesquels les adeptes peuvent réaliser tous les exercices nécessaires (et payants) à leur accomplissement.

Au menu, «programme de purification» dans des saunas et «séances d’audition». Lors de ces entretiens individuels, les adeptes sont incités à livrer leurs traumatismes les plus secrets à des cadres plus expérimentés et à explorer leurs vies antérieures. Une technique d’emprise.

«Fisc»

Ces dernières années, des «org idéales» ont déjà ouvert à Stuttgart, Amsterdam ou encore Budapest. A chaque fois, des inaugurations tape-à-l’œil, à grand renfort de fanfares et de cotillons, pour faire la communication du mouvement. «L’objectif est de convaincre les donateurs que la scientologie s’étend partout dans le monde, décrypte Mike Rinder. Mais après la coupure du ruban d’inauguration, les bâtiments sont tous les mêmes : vides.»

Reste à savoir pourquoi la scientologie investit massivement dans des biens immobiliers alors que le mouvement est moribond. La réponse est peut-être liée à la situation fiscale de l’organisation. Considérée comme une église par le gouvernement américain, la scientologie ne paie pas d’impôts outre-Atlantique.

En contrepartie, elle est obligée de dépenser son argent dans des projets d’intérêt public. «L’achat de biens immobiliers permet d’éviter une accumulation excessive de capital qui la mettrait en délicatesse avec le fisc, tout en lui permettant des investissements sûrs», estime Jeffrey Augustine, un ancien adepte qui anime le site The Scientology Money Project. Les actifs immobiliers de la scientologie à travers le monde sont estimés à 3,5 milliards de dollars.

Sollicité par Libération, le service presse de la maison mère, à Los Angeles, n’a pas répondu, pas plus que Martine Rhein, la porte-parole du mouvement en France.

Son médiatique prédécesseur Eric Roux, dorénavant vice-président du bureau européen de la scientologie, jure avoir appris l’achat du bâtiment de Saint-Denis par «une alerte Google».

Robin d’Angelo


Quand le faux-nez de la scientologie (le CCDH) s’installe au centre de Paris

Avant de lire, si vous ne connaissez pas le CCDH, je vous conseille la lecture des deux billets de blog suivants :

Niort : Des membres de la Scientologie prétendent aider les patients
Scientologie : Frédéric Grossmann (OSA/CCDH) a-t’il parjuré devant le Sénat en 2013 ?


Au début de ce mois de Mars, le CCDH s’est installé durant la première quinzaine en plein centre de Paris afin de diffuser sa propagande auprès du plus grand nombre de personnes.

En effet, cette association écran à la secte scientologie avaient loués quelques mètres carrés situées au 5 rue du Cloitre St Merri afin d’y présenter leur exposition :

Au passage, remarquons que la scientologie ne cache plus ses liens avec le CCDH, comme l’affirme le site de la scientologie en France à cette adresse (lien archive.is) ou parmi les multiples articles disponibles sur le même site (lien archive.is).

Visiblement en manque d’argent, il semblerait que ce soit la section hongroise qui se soit chargée de la logistique (paye ton impact carbone sur la planète) :

Enfin, pour l’organisation et la présentation, elle était assurée par Mylène Escudier (lire cet article ainsi que celui-ci) n’hésitant pas à retirer les cartons d’informations placés par un opposant à la scientologie.

Voici le genre de propagande qu’ils distribuent :

Un grand merci à nos sources pour ces informations et ces images.


La scientologie s’installe à Saint-Denis «pour viser un public parfois plus fragile»

SECTE Une entreprise contrôlée par l’Eglise de la scientologie a acheté un bâtiment à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis. Une installation qui fait peur à certains habitants et embarrasse la mairie.

  • Un bâtiment, stratégiquement bien situé à Saint-Denis, a été racheté l’année dernière par une entreprise liée à l’Eglise de la scientologie.
  • Rien n’a été fait du côté des pouvoirs publics pour empêcher cette transaction et l’opération a été dévoilée récemment par voie de presse.
  • Population plus pauvre et parfois moins bien informée, le choix de Saint-Denis pour s’implanter ne serait pas un hasard pour certains.

« Ici ? Non je ne sais pas trop… » Sur l’avenue du Président-Wilson à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), aucun passant ne semble connaître, ni même s’intéresser au nouveau propriétaire du bâtiment octogonal situé au 272. Installé dans le quartier d’affaires de la Plaine Saint-Denis, à quelques minutes du stade de France et d’un quartier résidentiel, l’immeuble de plus de 7.000 m2 a été racheté à Panasonic l’année dernière par une entreprise liée à l’église de la scientologie.

Si l’organisation n’a pas répondu à 20 Minutes concernant la nature du projet dans ce lieu, une demande d’autorisation de travaux dans le but d’accueillir du public a été déposée à la préfecture. Toute cette opération s’est faite dans la plus grande discrétion et n’a été dévoilée au public que mi-janvier, via un article du Parisien.

« La scientologie ? C’est quoi ça ? »

Du coup, ce mardi matin, sur le marché de Saint-Denis, aucun habitant ne semble au courant de l’arrivée dans la commune de cette entreprise religieuse, considérée comme une secte. Même les contours de la « scientologie », semblent assez flous pour certains. « La scientologie ? C’est quoi ça ? », demande un jeune homme à un autre.

 

« C’est un peu comme les témoins de Jéhovah », obtient-il comme réponse. De son côté, Marianne qui associe plutôt l’organisme aux francs-maçons, s’inquiète de leur arrivée dans la ville : « Je pense que je pourrais tomber dans un de leurs pièges, tout comme mes amis. »

Pour Antoine Mokrane, militant au Parti socialiste, le choix de la ville n’est pas un hasard. « Elle compte s’implanter ici pour viser un public parfois plus fragile et moins informé des risques, explique à 20 Minutes le jeune homme qui a lancé une pétition contre son installation. Elle a déjà commencé en organisant des opérations nettoyage du quartier Franc-Moisin sous le label d’une association qui émane de la scientologie. »

Sur son site, la fameuse association explique vouloir « arrêter le déclin moral actuel de la société », en rendant à l’homme « son intégrité » et sa « confiance en lui », via la distribution de livrets titrés « Plus cool la vie », contenant « 21 principes pour une vie meilleure ». Des préceptes écrits par L. Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie.

Des milliers de livrets régulièrement distribués

Des actions dont l’Eglise de la scientologie ne se cache pas. Sur son site, elle explique que cette association distribue régulièrement ces livrets « par milliers d’exemplaires depuis le mois de novembre chaque semaine dans différents quartiers » de Saint-Denis.

« Samedi dernier [le 12 janvier], une douzaine de bénévoles ont monté une tente devant la basilique de Saint-Denis pour présenter et distribuer aux habitants plus de 2.500 livrets en trois heures », peut-on lire dans un communiqué.

« A Los Angeles, ce livret a permis de sceller la paix entre deux gangs rivaux et de recréer un climat de sécurité », est-il écrit dans un second qui assure que les 21 préceptes « ont un effet apaisant sur la délinquance et la sécurité ».

« Je ne les approche pas, donc je ne suis pas inquiet », assure Mohammed, habitant de longue date à Saint-Denis. « Je ne pense pas que les gens se feront avoir. Ils sont plus malins que ça », lance un jeune homme assis à côté de lui. Mais il faut savoir que les membres de la scientologie adaptent leurs méthodes en fonction du public qu’ils ont en face d’eux.

« J’ai vu dans un reportage qu’ils approchaient les gens en les aidant par exemple à trouver un emploi, un logement ou même pour obtenir des papiers », raconte Fatima. Ce simple exemple semble déjà faire vaciller l’avis du jeune homme jusque-là assez sûr de lui : « C’est vrai que si c’est bénéfique et que cette structure aide certaines personnes, je ne vois pas forcément ça d’un mauvais œil. »

« Il y a ici des gens qui sont dans la détresse, qui rencontrent des difficultés au quotidien et qui ont donc besoin d’aide. Ce sont ces personnes-là en particulier qui pourraient être happées et abusées, analyse Louise, catastrophée par la présence de l’église de la scientologie à Saint-Denis.

A titre individuel, on doit faire attention, mais à notre niveau, nous n’avons pas le pouvoir d’empêcher ces sectes de s’installer. C’est à la mairie et au pouvoir public de le faire. »

« Traiter cette transaction uniquement sur un point administratif était une erreur »

A la mairie justement, la polémique grandissante autour de l’affaire semble légèrement déranger. « Monsieur le maire [Laurent Russier, FDG] ne souhaite pas être interviewé sur ce sujet », répond par mail son assistante à notre demande d’entretien. Plus bavard et contacté précédemment, son 3e adjoint Bally Bagayoko nous assure que la ville a été « alertée trop tard ».

« J’ai découvert l’affaire dans la presse il y a quelques semaines et le maire ne m’a jamais dit qu’il était au courant avant », confie-t-il. « La ville était au courant de la transaction depuis 2017, dément Antoine Mokrane. Elle n’a rien fait. Même pas un courrier. La mairie est pourtant prompte à s’ériger contre toutes sortes de choses mais là c’était silence. C’est grave. »

Bally Bagayoko nous affirme que « légalement », la mairie ne pouvait « rien faire », car la transaction était légale et privée. Cependant, il reconnaît que « traiter cette transaction uniquement sur un point administratif était une erreur ». Le chef de file de la France Insoumise à Saint-Denis explique à 20 Minutes que ce genre de transaction financière passe par une validation des services de la mairie et de l’agglomération.

Sans nous indiquer si ces services n’ont pas fait remonter l’information ou si celle-ci n’a pas été prise en compte, il admet qu’il y avait « un devoir d’alerte ». « La mairie peut indiquer à un propriétaire qu’elle n’est pas d’accord avec son choix de nouvel acquéreur. Il y a alors un rapport de force politique qui s’installe, mais le propriétaire a souvent tout intérêt à conserver de bons rapports avec la collectivité. »

Pour le 3e adjoint au maire, « la bataille n’est pas terminée ». « Il faut adresser un courrier au nouveau propriétaire pour peser sur la nature de son projet que l’on ne connaît pas vraiment.

Lui indiquer que la collectivité et la mairie ne souhaitent pas que le lieu ait une activité d’Eglise de scientologie. » De son côté, Antoine Mokrane qui est en train de monter un collectif, va organiser des manifestations devant le bâtiment du 272 de l’avenue du Président-Wilson, mais aussi devant la mairie.

 

L’article du 20 Minutes.


La scientologie s’installe à Saint Denis

Voici une petite compilation de cinq articles de presse sur l’installation à venir de la secte scientologie à Saint-Denis, dans le nord de Paris.

  1. Le Parisien / 10 janvier 2019 / Lien de l’article.

La scientologie s’installe à Saint-Denis

Le mouvement, scruté de près par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, a acheté un immeuble de bureaux dans le quartier d’affaires de La Plaine.

Un octogone de verre massif, posé au bord de l’avenue vrombissante du Président-Wilson à Saint-Denis. L’immeuble est particulièrement visible, dans ce quartier qui a vu pousser les sièges d’entreprises tous azimuts au fil des dernières décennies. C’est là que devrait bientôt s’installer l’église de scientologie, sous l’œil vigilant des pouvoirs publics.

Le bâtiment, 7 331 m 2, a changé de mains l’an dernier. Le fonds d’investissement allemand qui en était propriétaire l’a vendu à une société américaine, « contrôlée indirectement par l’Eglise de scientologie », indique un document lié à cette transaction. L’acheteur a déboursé la somme rondelette de 33 M€.

Son arrivée provoque un malaise

L’opération est parfaitement légale. Mais l’arrivée à Saint-Denis de cette organisation, classée parmi les mouvements sectaires par un rapport parlementaire en 1995 (lire ci-dessous), crée le malaise. « La municipalité sera particulièrement attentive au respect de la loi dans l’évolution du bâtiment tout comme dans son utilisation », indique-t-on du côté de la mairie PCF.

Jusqu’alors, on ne connaissait au mouvement fondé par l’Américain Ron Hubbard qu’une adresse en Ile-de-France : le « Celebrity Centre », situé rue Legendre à Paris (XVIIe).

Pourquoi cette aquisition en Seine-Saint-Denis ? Contactée, l’église de scientologie n’a pas répondu à nos questions.

Les acquéreurs ont déposé une demande d’autorisation de travaux, en vue d’accueillir du public. Le dossier est instruit « avec vigilance », indique la préfecture de Bobigny.

« On a déjà beaucoup de prêchi-prêcha dans le secteur »

Le lieu a-t-il vocation à devenir une « vitrine » du mouvement, dans un quartier qui accueillera les Jeux olympiques de 2024 ? A-t-il l’intention de développer ses activités en direction des entreprises (formations, conférences) ? En 2014, déjà, des adeptes de la scientologie avaient distribué à tour de bras des livrets « contre l’insécurité » dans les rues de Saint-Denis.

Parfaitement au fait de cette arrivée annoncée, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) rappelle que l’organisation « se caractérise par son prosélytisme […] à l’occasion d’un test de personnalité gratuit, de la diffusion de tracts ou de brochures, de conférences « d’introduction » gratuites… »

Un prosélytisme « parfois pernicieux dans la mesure où les liens avec l’Eglise de scientologie n’apparaissent pas toujours sur les tracts ».

Dans le quartier de La Plaine, la perspective inquiète. « On a déjà beaucoup de prêchi-prêcha dans le secteur, déplore Valérie, une habitante. Ce n’est pas la scientologie, mais d’autres mouvances, qui parlent de l’apocalypse, endoctrinent les adultes et les jeunes… »

« Personne n’est au courant parmi mes collègues, assure Pascal Lacroix, syndicaliste au sein d’une grande entreprise de La Plaine. Si ça n’a pas d’impact sur le voisinage, je ne manifesterai pas devant l’immeuble. Mais il faudra veiller à ce que ça ne soit pas un camp de base, pour irriguer tout le secteur. »

QU’EST-CE QUE LA SCIENTOLOGIE ?

L’Eglise de scientologie est un mouvement fondé aux Etats-Unis par l’auteur de science-fiction Ron Hubbard en 1954. Considéré comme une religion dans certains pays, le mouvement compterait peu d’adeptes en France. Il a été classé parmi les sectes par un rapport parlementaire en 1995.

Depuis l’Etat n’établit plus de listes des organisations jugées sectaires « mais poursuit les dérives sectaires », souligne la Miviludes, qui compare l’église de scientologie à une « multinationale extrêmement puissante, avec des moyens financiers très importants ».

Elle rappelle qu’en octobre 2013, deux des principales structures de la scientologie ont été définitivement condamnées pour escroquerie en bande organisée, recel aggravé, extorsion. Deux de ses dirigeants ont été condamnés à des amendes pour exercice illégal de la pharmacie.


2. Le Parisien / 11 janvier 2019 / Lien de l’article.

Saint-Denis : la scientologie n’est pas la bienvenue

Les réactions politiques sont vives, à la perspective de voir le mouvement, autrefois qualifié de secte, mettre le pied à Saint-Denis.

Il ne s’était pas encore exprimé publiquement sur le sujet. Ce vendredi, le maire (PCF) de Saint-Denis, Laurent Russier, a tenu à mettre les points sur les i : « La scientologie, même derrière un paravent associatif, n’est pas la bienvenue à Saint-Denis. »

Si l’édile le précise, c’est que la perspective de voir le mouvement, fondé par l’Américain Ron Hubbard, mettre le pied dans la commune, fait beaucoup réagir.

Comme l’a révélé Le Parisien, une société américaine liée à l’église de scientologie a acquis en 2017 un immeuble de bureaux de 7 331 m2, pour la somme de 33 M€.

L’opération est légale. Le vendeur était un fonds d’investissement allemand. « Ce propriétaire a vendu en toute connaissance de cause et une telle vente ne peut pas être empêchée », assure Laurent Russier.

Une pétition contre l’arrivée de l’église

Pourtant, certains reprochent à la mairie de n’avoir pas réagi assez fermement : « A Saint-Denis, on peut préempter un petit commerce, un appartement…

Mais on ne peut pas avoir un droit de regard face à une organisation comme la scientologie ? », s’interroge Antoine Mokrane, militant socialiste.

Ce dernier a lancé une pétition sur Internet, contre l’installation de l’organisation, qualifiée de secte par un rapport parlementaire en 1995, dont des dirigeants ont été condamnés en 2013 pour escroquerie et exercice illégal de la pharmacie.

Mathieu Hanotin, conseiller départemental PS (et candidat déclaré aux prochaines municipales) tacle aussi Laurent Russier : « Je trouve que la position du maire manque de fermeté et de courage. »

Un courrier au ministre de l’Economie

« Contrairement à ce que certains disent, il ne suffit pas de brandir le droit de préemption, s’agace l’édile communiste. On peut l’utiliser quand un prix est anormalement bas, ou lorsqu’il existe un projet urbain. » Et il contre-attaque : « Lorsqu’en mars 2017 nous avons alerté les autorités, le ministre de l’Intérieur était socialiste, le député de la circonscription aussi [NDLR : Mathieu Hanotin]. Personne n’avait réagi à l’époque… »

De son côté, le député (PC) Stéphane Peu indique qu’il va écrire au ministre de l’Economie, Bruno Lemaire, « pour l’interpeller sur ce fonds d’investissement allemand qui a passé outre toutes les demandes et préventions, et pris une décision allant contre l’intérêt général ».

Contactée, l’église de scientologie n’avait pas répondu à nos questions sur l’usage qu’elle compte faire du bâtiment, situé dans le quartier de La Plaine. Une demande d’autorisation de travaux a été faite, en vue d’accueillir du public. Dossier instruit « avec vigilance » par la préfecture de Bobigny.


3. Le Figaro / 11 janvier 2019 / Lien de l’article

La scientologie débarque à Saint-Denis

La scientologie a acheté un immeuble à Saint-Denis dans le quartier d’affaires de La Plaine selon Le Parisien . L’arrivée du mouvement, classé parmi les mouvements sectaires par un rapport parlementaire en 1995, inquiète.

» LIRE AUSSI – «La Scientologie reste notre adversaire le plus coriace»

«La municipalité sera particulièrement attentive au respect de la loi dans l’évolution du bâtiment tout comme dans son utilisation», a déclaré la mairie PCF de Saint-Denis.

Le mouvement avait déjà des locaux dans le XVIIe arrondissement de Paris, le «Celebrity Center». Une demande d’autorisation de travaux a été déposée afin de permettre au bâtiment d’accueillir du public. La préfecture de Bobigny en charge du dossier indique instruire le dossier «avec vigilence».

Pour la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) le mouvement «se caractérise par son prosélytisme […] à l’occasion d’un test de personnalité gratuit, de la diffusion de tracts ou de brochures, de conférences “d’introduction” gratuites…» Un prosélytisme « parfois pernicieux dans la mesure où les liens avec l’Eglise de scientologie n’apparaissent pas toujours sur les tracts».

Certains habitants s’inquiètent aussi de l’arrivée de l’organisation. «On a déjà beaucoup de prêchi-prêcha dans le secteur, déplore Valérie, une habitante. Ce n’est pas la scientologie, mais d’autres mouvances, qui parlent de l’apocalypse, endoctrinent les adultes et les jeunes…»


4. Le Figaro / 17 janvier 2019 / Lien de l’article

L’église de scientologie arrive à Saint-Denis

L’église de scientologie a acquis récemment un immeuble imposant pour 33 millions d’euros, à Saint-Denis, dans le quartier d’affaires de la Plaine. Elle demande une autorisation d’y faire des travaux en vue d’accueillir du public.

L’église de scientologie s’installe à Saint-Denis. L’organisation vient d’acheter un immeuble imposant, dans le quartier d’affaires de la Plaine, à proximité du Stade de France, pour 33 millions d’euros, confirme à France Bleu Paris la ville de Saint-Denis, comme l’annonçait ce vendredi le journal Le Parisien.

Cela ne peut pas nous faire plaisir” commente sobrement David Proult, adjoint au maire de la ville en charge de l’urbanisme. “Le droit de l’urbanisme ne nous permet pas de nous opposer à l’achat de ce bien” ajoute-t-il.

Que va y faire l’organisation? Nul ne le sait. Elle compte en tout cas accueillir du public dans le bâtiment et pourrait y installer son siège français, selon une source en mairie de Saint-Denis.

La préfecture de Seine-Saint-Denis confirme avoir reçu un “dossier de demande d’autorisation de travaux“, transmis par la ville aux services de l’Etat, et qu’il est en cours d’instruction.

Une organisation surveillée par la mission de lutte contre les dérives sectaires

Dans son dernier rapport, publié au printemps 2018, la mission Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) pointe le “prosélytisme actif” de l’organisation et l’augmentation des signalements à son sujet.

La ville de Saint-Denis indique vouloir signaler aux habitants et aux entreprises du territoire l’identité de ce futur voisin. “On alertera sur les activités de ce groupe et nous espérons que l’Etat puisse jouer son rôle si cette organisation a des activités répréhensibles” précise David Proult.


5. LeJSD / 16 janvier 2019 / Lien de l’article

A la Plaine/ La scientologie non désirée

Une société américaine liée à la scientologie, mouvement régulièrement dans le viseur de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, vient d’acquérir un immeuble avenue Wilson…

Les scientologues vont-ils ouvrir une église à Saint-Denis ? C’est la question posée par l’acquisition d’un bâtiment par une société américaine liée au mouvement scientologue.

L’ancien siège de Samsung, situé avenue du Président-Wilson à la Plaine, à proximité du Stade de France, a été acheté en 2017, selon des informations révélées le 10 janvier par Le Parisien.

Cet édifice en verre de 7 331 m2 a été vendu par un fonds d’investissement allemand pour la somme de 33 millions d’euros. La scientologie n’a pas communiqué sur cet achat. Néanmoins, une demande d’autorisation de travaux en vue d’accueillir du public a été déposée à la préfecture de Bobigny.

Fondé en 1953 aux États-Unis par l’auteur de science-fiction L. Ron Hubbard, ce mouvement a été qualifié de secte par un rapport parlementaire français daté de 1995.

Il compte une église dans le 17e arrondissement de Paris, rue Legendre. La scientologie est régulièrement dans le viseur de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). En 2013, le mouvement a été condamné pour escroquerie en bande organisée, accusé d’avoir profité de la vulnérabilité d’anciens adeptes pour leur soutirer d’importantes sommes d’argent.

Une opération immobilière légale

Totalement légale, l’opération d’achat à la Plaine a néanmoins suscité de fortes réactions. « Les dérives sectaires n’ont pas leur place à Saint-Denis, a dénoncé la mairie communiste. Dès mars 2017, la municipalité a alerté la préfecture et le ministère de l’Intérieur sur l’installation de la scientologie dans notre ville », a-t-elle affirmé.

Des opposants ont néanmoins critiqué la position de la Ville. « Il est incompréhensible que la mairie laisse faire. Il faut saisir tous les moyens possibles légaux pour empêcher cette installation », a reproché le militant socialiste Antoine Mokrane dans une pétition lancée vendredi 11 janvier contre l’établissement de la scientologie à Saint-Denis.

« Le droit ne permet pas aux mairies d’interdire l’achat d’un bâtiment par une association, même lorsqu’elle a été condamnée à de multiples reprises, se défend la municipalité. Le droit de préemption doit être justifié légalement. La municipalité sera particulièrement attentive au respect de la loi dans l’évolution du bâtiment tout comme dans son utilisation », prévient-elle.

Aziz Oguz