Mediapart : Face aux risques de dérives sectaires dans l’Église évangélique, d’anciens fidèles alertent

L’article « Face aux risques de dérives sectaires dans l’Église évangélique, d’anciens fidèles alertent » a été publié il y a bientôt un an sur Mediapart, nous l’archivons ici ce jour

Bien évidemment, s’abonner à Mediapart permet de soutenir une information de qualité et un journal libre et indépendant.

 


Certains discours et pratiques au sein des églises évangéliques françaises inquiètent les associations de lutte contre les dérives sectaires. D’anciens fidèles critiquent notamment une forme de contrôle social et la minimisation des violences sexistes et sexuelles.

Marthe Chalard-Malgorn

« Sortir de l’église, c’est une forme de suicide social. On se retrouve tout seul. » De 2006 à 2018, Hugo Albandea a été fidèle du Tabernacle de Dijon, une église qui se présente comme « chrétienne, familiale, multi-ethnique et moderne ». En 2019, il ouvre un blog dans lequel il parle de son parcours. Hugo est entré au Tabernacle à l’âge de 19 ans. Le dynamisme de la communauté et le discours cadré autour de la sexualité et du couple lui plaisent. Il devient même pasteur du Tabernacle d’Auxerre en 2012. À cette époque, le pasteur principal s’appelle Michel Marvane.

Aujourd’hui, Hugo dit avoir perçu dans cette église une mécanique d’emprise s’installer auprès des jeunes. « Les pasteurs scrutaient notre vie sexuelle et affective, nos loisirs aussi. Nous ne devions pas avoir les mêmes intérêts que les jeunes de notre âge car ils n’étaient pas tournés vers Dieu. Nous ne sortions pas en boîte, nous n’allions pas aux soirées étudiantes, nous ne devions pas fréquenter de personnes non chrétiennes, sauf si c’était pour les convertir », se rappelle-t-il.

« Les pasteurs nous disaient que nous devions obéissance à notre mari, se souvient de son côté Heliena. J’ai également assisté à des réunions entre femmes dans lesquelles le viol conjugal était totalement banalisé. » Elle intègre le Tabernacle de Dijon en 2010, après avoir obtenu son bac. Elle y restera trois ans : « J’aimais le fait que l’église s’adresse aux jeunes, qu’il y ait des musiques de louange pop-rock et que tout le monde soit si accueillant. »

À 22 ans, elle rencontre un fidèle qui, au bout de trois mois, veut officialiser leur relation auprès de Michel Marvane : « Le pasteur nous a dit qu’il fallait que nous nous fiancions et que nous bloquions une date de mariage. » Heliena accepte : « De toute façon, nous ne pouvions pas nous fréquenter sans être fiancés. » Mais la pression est trop lourde pour la jeune femme qui décide de tout annuler. « À ce moment-là, j’ai été vue comme une salope par les membres de l’église, je n’ai pas d’autres mots,confesse-t-elle. Tous mes amis m’ont lâché. On ne venait plus me parler, on ne me proposait plus de faire des sorties, on ne m’écrivait plus. »

Captures d’écran des sites web du Tabernacle à Dijon et de Impact Centre Chrétien. © Photomontage Mediapart

Laurie a fréquenté la même église. Elle l’intègre en 2009, à l’âge de 13 ans. Alors « adolescente en manque de repères », elle dit aujourd’hui avoir été « dépendante » du Tabernacle : « J’ai fini par adopter tous les codes de langage de la communauté, à n’attendre que les moments de culte et à essayer de convertir mes ami·es. » Avec le recul, elle pense avoir été « dépossédée » de sa capacité à « réfléchir, analyser, contredire ». À 17 ans, elle craque et quitte l’église : « Je ne vivais pas ce qu’on me promettait de vivre. J’avais beau prier pendant des heures, je n’entendais pas la voix de Dieu. »

En avril 2023, elle co-crée le compte Instagram #BalanceTonPasteur afin de recueillir les témoignages de personnes victimes d’abus commis par des leaders évangéliques. Interrogé à propos de cette période et de son rôle en tant que pasteur principal, Michel Marvane n’a pas souhaité s’exprimer. Depuis deux ans, Jérémy Surest, président du réseau jeunesse du Conseil national des évangéliques de France (CNEF), a repris la communauté de Dijon. Lui non plus n’a pas voulu répondre à nos questions.

Une « préoccupation nationale »

En France, l’Église évangélique représente 745 000 fidèles pratiquants se rassemblant dans 2 546 lieux de culte identifiés. En dehors des chiffres, il s’agit d’une communauté chrétienne protestante très diversifiée, autonome, attachée à l’implantation locale de ses églises. Elle est particulièrement développée dans les Hauts-de-France, en Alsace, en Île-de-France, aux Antilles et en Guyane.

En 2021, « l’exigence de dons parfois très importants, la tenue en interne de discours très sexualisés sur la femme » ainsi que des « pratiques d’autoritarisme voire d’humiliation » au sein de cette Église inquiétaient déjà la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Sur les 4020 saisines reçues par la mission, 293 concernaient la mouvance chrétienne, dont 153 visaient la mouvance évangélique. Le rapport précise, néanmoins, que la plupart des églises concernées ne sont pas rattachées aux grandes fédérations que sont le CNEF et la Fédération Protestante de France.

Trois ans plus tard, la vigilance demeure. « Le développement des églises évangéliques est une préoccupation nationale, expliquait Donatien le Vaillant, chef de la Miviludes, lors d’une prise de parole en octobre dernier. « L’essor de dérives en leur sein est porté à notre connaissance », a-t-il ajouté. Une hausse globale que confirme le comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), qui ne transmet cependant pas de chiffres avant la parution du prochain rapport d’activité de la Miviludes.

« Nous avons pris conscience de ces risques », admet Romain Choisnet, directeur de la communication du CNEF. « Je ne voudrais pas peindre un tableau tout rose, mais je crois que les églises affiliées au CNEF sont très peu sujettes aux dérives sectaires. Cela étant dit, il faut continuer la sensibilisation et la prévention », poursuit-il. D’autant que la marge de manœuvre des fédérations est faible puisqu’elles n’occupent pas un rôle formel d’autorité. Le CNEF a néanmoins lancé la plateforme « Stop Abus », service d’écoute à destination des personnes victimes ou témoins de violences sexuelles et sexistes au sein de l’Église. Il s’autorise également à interpeller ses membres s’il a connaissance d’un fait de dérive en leur sein.

Des voix alertent aussi sur de possibles biais quant à la perception de la mouvance. « En francophonie, on a encore régulièrement tendance à se méfier de “ce qui n’est pas catholique” », souligne l’historien et chercheur au CNRS Sébastien Fath dans un billet publié sur le club de Mediapart en mai 2023. Cette méfiance toucherait plus particulièrement les groupes néo-protestants les plus actifs et, parmi eux, les églises évangélistes postcoloniales.

« Soit tu suis nos règles, soit tu quittes l’Église »

Impact Centre Chrétien (ICC)  fait partie de ces églises. Non affiliée au CNEF, ICC est chapeautée par le pasteur Yvan Castanou. Elle est particulièrement implantée en France, en Belgique, au Bénin et au Congo. Le fait qu’elle prêche la théologie de la prospérité, doctrine corrélant le message chrétien à la richesse matérielle, alertait déjà la Miviludes en 2020.

Judith* y a été fidèle de 2019 à 2021, elle raconte son histoire à Mediapart ainsi qu’à la cellule investigation de Radio France : « J’y allais tous les week-ends et j’ai suivi plusieurs formations. Cela me coûtait de l’argent. » Elle dit avoir été exposée à un discours récurrent incitant au don. Entre 2020 et 2021, Judith a versé 1 789 euros à ICC. À cette époque, elle perçoit un temps le RSA puis touche un salaire de 1 788 euros net.

Elle critique également l’inconséquence de la hiérarchie religieuse au sujet des faits de violences sexuelles qu’elle dénonce. Lors d’un rendez-vous avec la pasteure responsable à l’époque, elle décide de lui confier le viol qu’elle a vécu en 2017, commis par un autre croyant qu’elle fréquentait et qui n’appartenait pas à ICC, mais rencontré à l’un de leurs évènements.

Elle se souvient très nettement de sa réaction : « La pasteure mangeait son repas tandis que moi, j’étais en pleurs. Elle m’a dit qu’il ne s’agissait que d’un simple abus sexuel et que Dieu allait me faire justice. » Dans cet univers où l’encadrement des fidèles est très étroit, ni les tutrices, ni la pasteure ne lui proposent de porter plainte ou d’être accompagnée. Attachée à son église, elle encaisse et reste.

Mais, en 2021, Judith noue une relation avec quelqu’un qui n’est pas membre d’ICC et prévient la tutrice qui l’encadre : « Elle m’a posé des questions et m’a expliqué que j’étais tombée dans le péché. Elle me disait : “Soit tu suis nos règles, soit tu quittes l’église.” »

À la suite de son départ d’ICC, Judith entame plusieurs démarches. Elle porte plainte contre son agresseur présumé en septembre 2023 – plainte qui sera classée sans suite – puis, en 2024, elle fait appel à la plateforme « Stop Abus ». Elle décide ensuite d’écrire au CNEF et à Yvan Castanou, puis de rendre son histoire publique sur les réseaux sociaux. La pasteure lui présente ses excuses.

Yvan Castanou, quant à lui, commence par minimiser les faits. « L’individu dont vous parlez n’a jamais été membre de notre église. […] Vous êtes partie avec [cet homme] en province en tant que couple […] et vous avez affirmé par la suite qu’il vous a violée alors que vous entreteniez déjà une relation intime. Difficile pour la police de conclure à un viol », lui écrit-il par courriel. Puis, il s’excuse et lui laisse un message vocal dans lequel il fait preuve d’empathie : « Je t’assure que j’ai beaucoup de compassion pour toi. Je suis vraiment navré pour toi et pour ce qui t’est arrivé. J’aurais vraiment aimé t’écouter un peu et prier pour toi. » 

Dans leur échange de mail, ils abordent également la question de la pression financière que Judith dit avoir subie. « Concernant tes offrandes, tu ne peux pas parler de donner sous manipulation puisque nous insistons tous les jours afin que celui qui donne le fasse avec joie », lui répond-il. Avertissement que l’on retrouve, en effet, sur le site d’ICC. Contactés par Mediapart sur ces éléments, Yvan Castanou et la pasteure concernée n’ont pas souhaité s’exprimer.

« Notre doctrine contient des pierres d’achoppement qui peuvent mener à des dérives sectaires, estime avec lucidité Romain Choisnet, pour le CNEF. La frontière entre un pasteur qui structure la vie de ses fidèles et un pasteur qui les manipule est fine. Voilà pourquoi il faut aussi remettre en question ce que dit son pasteur. » Un regard critique que partage Heliena, qui, plus de dix ans après avoir pris ses distances, insiste sur la nécessité de pointer « les dérives », pour retrouver dans son église « un lieu d’apaisement ».

Marthe Chalard-Malgorn

 


Navalny : l’homme que Poutine n’a pas réussi à tuer

Août 2020. Sur un vol à destination de Moscou, le leader charismatique de l’opposition russe Alexeï Navalny hurle à l’agonie.

L’avion atterrit d’urgence et Navalny est transporté à l’hôpital. Là, on découvre qu’il a été empoisonné au novitchok, un agent toxique considéré comme une arme chimique et interdit à ce titre.

Aussitôt, le FSB, le service d’espionnage russe, est soupçonné. Navalny représente-t-il une telle menace pour Vladimir Poutine ?

Retour sur cette histoire digne de James Bond.

 

Informations :

Année de sortie : 2021
Taille : 3,08 Go
Durée : 1:25:56
Qualité : 1080p
Format : MP4

Lien de téléchargement/streaming

 


Scientology Leaks 696 : IAS News Watch Numéro 111 – Français 2018